Qu’est-ce que la santé ? Entre la définition de l’OMS, celle d’un comité d’experts publiée dans le British Medical Journal, et celle, plus poétique, du médecin français René Leriche – «la vie dans le silence des organes» – chacun-e s’en fait une idée bien à soi.
Sur cette page, je vous propose plusieurs angles pour aborder les politiques publiques : la prévention, le leadership, l’esprit d’équipe et la nature.
Vous y retrouvez également la liste et les liens de mes contributions dans la Revue médicale suisse.

« Un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », dit l’OMS. « La capacité d’adaptation et de gestion de soi face aux défis sociaux, physiques et émotionnels de la vie », a dit un groupe d’experts dirigé par Machteld Huber, dans le British Medical Journal. À chacun-e sa définition de la santé. Mon choix s’est porté depuis longtemps sur celle du médecin français René Leriche : « la santé, c’est la vie dans le silence des organes. »
Qu’est-ce qui détermine la santé ? Âge, sexe, genre, facteurs héréditaires, facteurs de risque, conditions de vie, logement, économie, environnement… les déterminants de la santé sont nombreux ! Cela ne fait par conséquent aucun doute: la santé doit être au cœur des politiques publiques, selon l’adage Health in all policies. De très nombreuses décisions influencent la santé d’une population et de ses individus, et ceci souvent de manière non marginale.
Alors, quelles sont les priorités ?
Tout d’abord des mesures de promotion de la santé. Celles-ci sont liées à l’estime de soi, comment on renforce la valeur personnelle des individus pour améliorer leur santé quand elle est atteinte. Ces mesures ont montré leur efficacité au niveau individuel et de la population pour diminuer les facteurs de risque, sur la base de données scientifiques.
Ensuite, on décline des mesures de prévention dite primaire, en diminuant les facteurs de risques, à la fois par une approche individuelle (éducation, conseil d’un professionnel de santé pour modifier un comportement) et structurelle, qui vise alors la population entière (ex. taxer le tabac). Ces interventions sont complétées par la prévention appelée secondaire, c’est-à-dire les dépistages, lorsque la maladie est là, mais sous-jacente.
Vient ensuite la prévention tertiaire, c’est-à-dire éviter la récidive d’un événement médical tel qu’un infarctus, principalement portée sur la médication. Or, elle peut aussi aller au-delà, en emmenant les personnes marcher à l’extérieur par exemple, accompagnées de personnel de santé. En somme : bouger avec les patients pour leur éviter la survenue d’un nouvel épisode médical.
Enfin la prévention quaternaire, en l’occurrence éviter d’en faire trop ! Trop de prévention tertiaire, trop de médicaments, cela peut créer des effets indésirables.
Il est subtil l’équilibre qui permet de ne pas trop médicaliser la vie.
Les institutions médico-académiques sont au carrefour de multiples tensions: publiques en raison de la demande de soins, économiques car elles ne sont la plupart du temps pas rentables; de gouvernance car mixte avec des représentant-es des autorités politiques, publiques, des soins et du monde libéral.
Leurs directions ont souvent fait leurs preuves sur les plans médical et académique mais rarement ou pas toujours sur le plan managérial. Je suis d’avis que le leadership de ces institutions devrait s’articuler autour de deux principales qualités: la vision et le courage.
Je choisis de parler de leadership et non de leader car les personnes a priori les moins charismatiques peuvent aussi décider de prendre des responsabilités. Le leadership n’est pour ainsi dire pas tributaire du charisme et cette distinction importe. À l’heure où les responsabilités font moins envie, il y a urgence à rassurer les personnes qui veulent en prendre!
Le monde est compétitif et, bonne nouvelle, le sport permet de s’y préparer! « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends », disait Nelson Mandela. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai observé que les personnes qui pratiquaient ou avaient pratiqué un sport d’équipe ou le scoutisme avaient un avantage : elles étaient préparées mentalement à évoluer dans une logique de compétition.
Elles savaient en général mieux gérer la défaite ou la frustration et apprécier puis célébrer les victoires. Il s’agit pour apprécier de se poser un moment pour regarder ce qu’on a fait de bien et préparer le challenge suivant, d’un fonds FNS à un fond européen par exemple, comme d’un huitième à un quart de final !
En Angleterre on peut prescrire la nature. Et oui, en Suisse et ailleurs, des données scientifiques existent pour prouver le lien entre bien-être et bains de nature. Cependant, quid de la rétention des patients délégués à la nature ? Quid de la présélection de patients qui sont déjà coutumiers des balades en nature ?
Il est important de favoriser le mouvement et l’activité physique douce. Et il se trouve qu’ils ont moins de résistance à le faire dans un environnement naturel apaisant, non agressif. La question n’est toutefois pas de mettre la nature en compétition avec les salles de gym. Mais l’impact d’une balade en forêt sur la baisse du taux de cortisol ou l’effet d’un chemin pas 100% plat sur l’équilibre et la proprioception, voilà le type d’indices qui comptent.
Si, sur ce thème, j’esquisse encore un parallèle entre la médecine et l’ornithologie, il tient de la sagacité clinique, d’une approche hypothéticodéductive. Un cercle vertueux ! Médecins comme ornithologues sont détectives jusqu’au diagnostic, outillés d’un stéthoscope ou d’une paire de jumelles.