Retour sur le premier colloque du Groupe de réflexion et d’études centristes (GREC) du 6 juin 2026 à Lausanne

Politiques publiques : quelle grille d’analyse pour le centre de l’échiquier politique?

Contexte

Le constat est largement partagé : de nombreux pays occidentaux connaissent une montée des clivages politiques, favorisée par la médiatisation des conflits sociétaux, les logiques identitaires et l’affaiblissement des espaces de compromis. La Suisse demeure relativement protégée grâce à sa tradition de recherche du consensus, à la collégialité de ses institutions et à une personnalisation limitée du pouvoir. Toutefois, certains signaux montrent qu’elle pourrait progressivement être touchée par les mêmes phénomènes.

Dans ce contexte, l’existence d’une voie politique centrale apparaît comme une réponse possible à la polarisation. Il ne suffit cependant plus aujourd’hui de se réclamer « du centre ». Une clarification doctrinale est nécessaire : que signifie être au centre en 2026 ? Comment se distinguer durablement de la droite et de la gauche sans apparaître comme fluctuant ou opportuniste ? Comment éviter que le centre de l’échiquier soit considéré comme une girouette, passant d’un positionnement de droite (par ex. sur le plan économique) à un positionnement de gauche (par ex. sur le plan social) ?

C’est dans ce contexte qu’un groupe de réflexion a été créé pour contribuer à la clarification de ce positionnement central et de ses fondamentaux.¹ Le premier colloque (programme en annexe) s’est tenu le 6 juin 2026 et s’est penché sur une question fondamentale pour les forces politiques du centre : comment définir aujourd’hui une identité politique propre dans un contexte marqué par une polarisation croissante des sociétés occidentales ? Ce document en présente la synthèse.

¹ Ce groupe, intitulé Groupe de réflexion et d’études centristes (GREC), est actuellement composé des trois personnes initiatrices : Jacques Cornuz (JC), Axel Marion (AM) et Alexandre Dyens (AD).

Première partie – Les racines historiques du centre

Léonard Burnand (historien, Professeur UNIL) a proposé une réflexion historique sur le « juste milieu » et la modération. En s’appuyant notamment sur la période du Directoire en France après la Révolution, il rappelle que les périodes de forte polarisation ont souvent suscité la recherche d’une voie modérée entre des extrêmes opposés.

Selon cette perspective, la modération ne doit pas être comprise comme une forme de faiblesse, de mollesse ou d’absence de conviction. Au contraire, elle exige du courage intellectuel et politique. Elle consiste à rendre le monde intelligible par la nuance, à reconnaître la complexité des situations et à refuser les simplifications excessives. La modération devient ainsi une démarche active visant à favoriser la convergence plutôt que la confrontation.

L’idée centrale développée est que la nuance constitue une réponse aux dynamiques des visions extrémistes. Là où le simplisme tend à alimenter les oppositions et les radicalités, la recherche de compréhension et d’équilibre permet d’ouvrir un espace politique plus constructif.

L’intervention d’Olivier Meuwly (historien et juriste) a mis en lumière les origines historiques du centre politique. Il montre que celui-ci ne constitue pas une réalité fixe mais le résultat d’évolutions successives des systèmes politiques européens. Au XIXe siècle, les mouvements radicaux occupaient souvent une position située à la gauche des conservateurs, avant que les transformations sociales, l’émergence du mouvement ouvrier et le développement de l’État social ne favorisent progressivement l’apparition d’un espace occupé progressivement par les forces socialistes.

L’histoire suisse illustre particulièrement ce processus. Le développement de la démocratie directe, l’importance croissante du peuple dans les décisions politiques et la nécessité de construire des majorités autour des référendums et des initiatives ont contribué à renforcer un espace politique intermédiaire entre les différentes familles idéologiques.

Cette perspective historique rappelle que le centre n’est pas seulement une position géographique entre deux pôles. Il constitue également une méthode politique permettant de concilier des valeurs parfois contradictoires, notamment la liberté et l’égalité, sans tomber dans les excès des extrêmes.

Dans une perspective historique plus récente, Dominique Dirlewanger (historien, professeur au gymnase) a rappelé que les phénomènes qualifiés aujourd’hui de « polarisation » s’inscrivent dans une longue tradition de conflits et de clivages politiques. À la fin du XIXe siècle, les grandes lignes de fracture étaient notamment le Kulturkampf et les luttes sociales liées à l’industrialisation. La Suisse a dû affronter les conséquences de la grande dépression de 1875 à 1890, provoquée par la spéculation, ce qui a conduit à l’émergence des premières mesures de protection des travailleurs dès 1877.

L’intégration progressive des catholiques-conservateurs au pouvoir fédéral, avec leur entrée au Conseil fédéral en 1891, marque une étape importante dans la recherche d’équilibres politiques. Les deux guerres mondiales ont également façonné le paysage politique suisse : la Première Guerre mondiale a provoqué un fort appauvrissement de la population et débouché sur la grève générale de 1918 ainsi que sur la constitution du « bloc bourgeois ». Après la Seconde Guerre mondiale, le soutien économique apporté à la population a favorisé un « grand compromis » conciliant libéralisme économique et protection sociale. Dans cette lecture historique, le centre apparaît comme une position mouvante, constamment redéfinie au gré des tensions et des compromis.

Deuxième partie – Expériences du terrain et enjeux actuels

Pour Vincent Grandjean (chancelier d’honneur de l’Etat de Vaud), la Suisse repose traditionnellement sur un modèle politique de consensus qui exige une approche centriste, contrairement aux systèmes fondés sur l’alternance entre majorités opposées. Selon lui, cette culture du compromis peut s’exprimer de différentes manières : par une force politique centrale jouant un rôle de médiateur, par de petites formations capables de créer des majorités variables ou encore par la capacité directe des forces de gauche et de droite à trouver des accords. Face à la polarisation croissante de la vie politique, cette perspective centriste apparaît aujourd’hui plus nécessaire que jamais pour construire des solutions acceptables par le plus grand nombre et assurer la stabilité des institutions.

V. Grandjean souligne toutefois que le centre ne doit pas se limiter à un rôle d’arbitre entre les camps politiques. Il doit porter des valeurs, une vision et des propositions concrètes sur les grands enjeux de société. Cette responsabilité implique également une exigence de comportement : ouverture, écoute, dialogue, patience et respect du compromis. S’inspirant des réflexions d’Aristote et de Jürgen Habermas, l’intervenant défend l’idée d’une « amitié civique » favorisant la recherche de solutions communes et le bon fonctionnement de la démocratie suisse.

Pour Graziella Schaller (députée Vert’libérale, Grand Conseil Vaud), être au centre signifie avant tout disposer de la liberté de soutenir les projets jugés pertinents, indépendamment des clivages idéologiques traditionnels. Selon elle, certaines questions, comme l’interdiction des cigarettes électroniques jetables ou certains projets d’infrastructures, relèvent davantage du bon sens et de la réponse à des besoins concrets que d’un positionnement de gauche ou de droite. Elle regrette toutefois que les médias privilégient souvent les oppositions partisanes plutôt que les rapprochements fondés sur des valeurs communes.

Stefanie Monod (médecin, Vice-directrice OFSP) a mis l’accent sur le rôle des individus plutôt que des partis, qu’elle juge parfois trop désincarnés. Elle observe que le centre est souvent perçu comme imprévisible et relève que les administrations cherchent généralement à éviter les affrontements idéologiques stériles. Selon elle, certains débats, comme celui sur la gouvernance du CHUV, illustrent les effets négatifs de l’opposition gauche-droite lorsqu’elle empêche de traiter la complexité des politiques publiques, notamment dans le domaine de la santé. Le centre est dès lors un acteur essentiel, ou devrait l’être du moins, pour faire émerger des positions pragmatiques et concrètes sur des problématiques complexes comme celles de la santé.

Mehdi Currat (Président des jeunes Vert’libéraux – Vaud) a identifié deux missions essentielles du centre : créer des ponts entre les pôles politiques et maintenir le dialogue avec la population. Il a également souligné l’importance des jeunesses de partis comme espaces de rencontre et de formation, favorisant les échanges entre sensibilités différentes et limitant les effets des bulles informationnelles. Selon lui, les forces centristes jouent un rôle indispensable dans le maintien des équilibres propres au système suisse.

Enfin, Renaud Rivier (membre Les jeunes du Centre – Suisse) a insisté sur la valeur des organisations de jeunesse comme lieux de discussion et d’apprentissage du compromis. Il a rappelé que l’objectif d’une démocratie de consensus est de rechercher des solutions capables de rallier une large majorité de la population, idéalement les deux tiers des citoyens.

Les interventions convergent donc vers l’idée que le centre n’est ni une absence de position ni une simple moyenne entre la gauche et la droite. Il constitue plutôt un espace de dialogue, de pragmatisme et de recherche d’équilibres, particulièrement adapté au modèle politique suisse fondé sur le compromis et l’inclusion des différentes sensibilités.

Troisième partie – Discussion générale : quel projet pour le centre aujourd’hui ?

Une question majeure a été soulevée : le clivage traditionnel gauche-droite, hérité de la Révolution française, reste-t-il pertinent pour comprendre les enjeux contemporains ? La discussion a également mis en évidence les limites d’une définition purement négative du centre, réduite à l’idée de n’être « ni de droite ni de gauche ». Une telle définition apparaît insuffisante pour construire une identité politique forte et cohérente.

Les participants ont également relevé certaines critiques fréquemment adressées au centre : son imprévisibilité supposée, son manque de fiabilité idéologique ou encore sa difficulté à apparaître comme une force politique autonome. Une formule résume ce paradoxe : les citoyens apprécient souvent d’être gouvernés au centre mais hésitent davantage à soutenir les partis qui s’en réclament explicitement.

Une approche fondée sur les valeurs et la complexité

Le centre doit être pensé non comme un espace situé entre deux extrêmes, mais comme une approche politique spécifique fondée sur des valeurs et une méthode.

Cette approche repose sur plusieurs éléments :

Les intervenants estiment que les forces centristes bénéficient d’une plus grande liberté intellectuelle que les formations plus idéologisées. Elles peuvent adapter leurs réponses aux problèmes concrets sans être contraintes par des doctrines rigides. Ainsi, le centre n’a pas vocation à osciller entre droite et gauche, mais à défendre un ensemble cohérent de valeurs et de méthodes d’action.

Une inversion du regard est même audacieusement proposée : plutôt que de considérer que le centre se rapproche tantôt de la droite, tantôt de la gauche, il serait possible d’affirmer que ce sont parfois la droite ou la gauche qui se rapprochent des positions du centre !

Penser la complexité comme horizon politique

La synthèse finale fait écho aux réflexions d’Edgar Morin sur la nécessité de penser la complexité. Face à un monde où les phénomènes économiques, sociaux, culturels et politiques sont de plus en plus interdépendants, les modèles de pensée simplificateurs montrent leurs limites.

Le centre pourrait précisément trouver sa légitimité dans cette capacité à affronter la complexité plutôt qu’à la nier. Le courage de la nuance et l’acceptation de l’incertitude deviennent alors des vertus politiques essentielles. Dans un contexte de désinformation, de fragmentation du débat public et d’affaiblissement de la confiance citoyenne, cette approche apparaît comme un moyen de renforcer la cohésion sociale et démocratique.

Conclusion

L’avenir du centre politique ne réside pas dans une position intermédiaire entre droite et gauche, mais dans l’affirmation d’une identité propre. Celle-ci repose sur la modération, la nuance, la recherche du consensus, l’acceptation de la complexité et la volonté de construire des réponses pragmatiques aux défis contemporains. Plus qu’un compromis permanent, le centre est présenté comme une méthode de gouvernement et une culture politique fondée sur le courage de penser au-delà des oppositions, souvent simplistes.

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Annexes : 

PDF : Colloque-GREC-6-juin-2026-Synthese-octobre-2026

Programme :

1er colloque du Groupe de réflexion et d’études centristes (GREC)
6 juin 2026, Lausanne

Politiques publiques : quelle grille d’analyse pour le centre de l’échiquier politique ?

Programme

13h30-13h45 : accueil (café, jus de fruit)

13h45-14h00 : Introduction et contexte (Jacques Cornuz)

14h00-15h30 : 1ère partie (Axel Marion)
L’émergence du centre au travers des grands courants politiques (XVIIIe-XXe s.)

➔ Table ronde/échange avec le public

15h30-16h00 : pause – café

16h00-17h30 : 2e partie (Jacques Cornuz)
Existe-t-il une perspective centriste dans la mise en œuvre des politiques publiques ?

➔ Table ronde/échange avec le public

17h30-18h00 : 3e partie – Discussion, conclusion (Alexandre Dyens)

« Investir dans la prévention primordiale autant que dans le soin. Replacer notre santé sous de bonnes influences. » Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône en France, parle de prévention primordiale plutôt que de prévention primaire.

C’est celle de la prévention de l’émergence des facteurs de risques en transformant les environnements.

Le constat qu’il pose est simple : notre système de soins est une force, mais soigner ne peut plus être notre seule réponse. Une grande partie de notre santé se construit en effet avant la maladie, dans nos conditions de vie, notre environnement, notre alimentation, notre travail, notre éducation et nos comportements. Je suis intervenu lors de la préparation de ce rapport « Construire un système de prévention primordiale », j’ai le plaisir de vous inviter à lire ses conclusions : https://drive.google.com/file/d/1mxpOZoIl5trnRmIYD50QMWF5ejX4UlMB/view

Âge, sexe, genre, facteurs héréditaires, facteurs de risque, conditions de vie, logement, économie, environnement… les déterminants de la santé sont nombreux ! Cela ne fait par conséquent aucun doute: la santé doit être au cœur des politiques publiques, selon l’adage Health in all policies.

De très nombreuses décisions influencent la santé d’une population et de ses individus, et ceci souvent de manière non marginale.

Bonne lecture !

«Quand on écoute activement le chant des oiseaux et qu’on essaie de les identifier, on s’adonne à un effet cognitif particulier. Cela permet de refocaliser notre attention et de restaurer nos capacités cognitives. », décrit Chloé Pang , ornithologue et porte-parole de la Station ornithologique suisse de Sempach, dans cet article de 24 Heures.

L’étude allemande « The importance of species diversity for human well-being in Europe” le souligne : écouter le chant des oiseaux peut réduire le stress psychologique (Alvarsson et al., 2010 ; Medvedev et al., 2015) et a une influence positive sur la perception du regain d’attention et de la réduction du stress (Ratcliffe et al., 2016 ; Ratcliffe et al., 2013).

Point d’importance : leur chant influe également à la baisse notre taux de cortisol, notre tension artérielle et notre rythme cardiaque.

Arrêtons-nous un instant sur les similitudes entre la médecine et l’ornithologie. Elles sont toutes les deux des sciences de l’observation. Elles fonctionnent par approche déductive. Détectives jusqu’au diagnostic, outillées d’un stéthoscope ou d’une paire de jumelles !

Nous l’écrivions dans notre article « Quand le médecin rencontre l’oiseau »  : par rapport à la charge clinique et administrative, l’observation apporte un phénomène compensatoire et apaisant.

En effet, « si la médecine est captivante, il ne faudrait pas pour autant qu’elle nous capture. L’observation de la nature vient nous rappeler nos dimensions, la vanité de certains de nos soucis : nous ne sommes pas seuls ni indispensables.», comme l’un d’entre nous l’a écrit voici quelques années. L’élégance du gypaète barbu au col de Bretolet (Valais) et la délicatesse du roitelet triple bandeau sont des moments de grâce qui apportent le recul et la distance avec une activité médicale parfois harassante.

https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2018/revue-medicale-suisse-625/quand-le-medecin-rencontre-l-oiseau-quelques-similitudes-entre-la-pratique-clinique-et-l-ornithologie

Pour ma part, permettez-moi de le dire, l’observation fréquente des oiseaux, et notamment de ce roitelet triple-bandeau (mon favori !), contribue sans aucun doute à me connecter à la nature et, qui sait, à maintenir mon taux de cortisol à la baisse ! Cet oiseau, l’un des plus petits de Suisse (5-6 grammes !), est un véritable petit bijou, souvent en mouvement dans les arbres. L’observer est vrai moment de bonheur !

L’été étant propice à une pause et à oeuvrer à la diminution du stress, je vous souhaite de beaux moments d’observation !

Serge de Ribaupierre, Pauline Monod, et moi-même avons été assermentés ce lundi 29 juin 2026. En partenariat avec les Vert ’libéraux, le Centre remet le consensus au cœur des débats. L’heure n’est en effet plus à la polarisation, mais à la réunion des forces pour mieux vivre ensemble.

Je me réjouis de pouvoir m’impliquer dans les politiques publiques, en particulier celles liées à la santé. En effet, les déterminants de la santé, parmi lesquels l’urbanisme, la mobilité, l’accès au mouvement ou la qualité de l’environnement, influencent profondément la santé de la population, souvent plus que les soins eux-mêmes.

Avec le groupe politique «Verts’Lib – Le Centre», nous voici désormais officiellement prêt-es à défendre une Lausanne dynamique, responsable, solidaire et tournée vers l’avenir.

Le travail d’Emma Dejardin, Dalya Khiari, Filipe Lage Dias, Agathe Lagger et Caterina Rivolta, étudiant-es en 3e année de médecine, en atteste. Ce travail confirme l’importance pour le corps médical de s’impliquer dans les enjeux sociétaux, comme d’ailleurs la formation médicale de base l’y encourage!

Ils ont identifié les facteurs favorisant et limitant l’engagement public du médecin. Le plus important qu’ils soulignent à mon sens est la position suivante: le ou la médecin qui s’exprime doit s’appuyer sur des données scientifiques, pas sur ses propres opinions.

Félicitations d’avoir adressé cette question à un panel large et représentatif de sensibilités et d’expériences solides!

Et merci à la Dre Alix Miauton, chargée de recherche Unité de santé globale & cheffe de clinique Policlinique de médecine tropicale, voyages et vaccinations à Unisanté, d’avoir fait le lien.

Edgar Morin pointait le fossé grandissant entre la complexité du monde et nos façons de le penser, de le comprendre et d’y agir, que ce soit dans nos apprentissages ou nos modèles économiques. Face à cela, il appelait à une transformation profonde de notre rapport au réel: tisser des liens là où ils sont fragmentés, renouveler nos façons d’apprendre, accepter l’incertitude dans nos décisions et cultiver une forme de résistance.

«L’importance de penser la complexité», c’est le fil qui a conduit le premier colloque du Groupe de réflexion et d’études centristes (GREC) le 6 juin dernier avec la question: politiques publiques, quelle grille d’analyse pour le centre de l’échiquier politique?

De nombreux pays occidentaux connaissent une polarisation croissante de la vie politique. De part sa culture de la recherche du consensus, sa faible personnalisation du pouvoir et ses structures exécutives en Conseil (en particulier au niveau cantonal et fédéral), la Suisse est encore en marge de cette polarisation. Des signaux, encore faibles, suggèrent qu’elle pourrait ne pas échapper à ce phénomène.

Une des réponses à cette polarisation croissante est de proposer une voie médiane, au centre de l’échiquier politique. Se positionner entre les partis de droite et de gauche nécessite cependant une clarification politique: que signifie actuellement «se positionner au centre» de cet échiquier?

C’est dans ce contexte qu’un groupe de réflexion a été créé pour lancer et animer une dynamique qui, in fine, pourrait donner les bases de ce positionnement central. Ce développement ne vise pas à questionner les valeurs du Centre, à savoir la liberté, la responsabilité et la solidarité; mais, à partir de celles-ci, comment les décliner dans le champ de l’action politique?

Ce colloque a réunit des intervenant-es qui ne sont pas forcément centristes, voire qui s’affichent comme défenseur·euse·s d’autres courants politiques, ceci précisément pour susciter un regard extérieur sur le centre.

Le colloque a soulevé notamment la rareté des grands projets sociétaux, la montée des clivages et les impératifs de durabilité. Il a rappelé le courage de la modération, d’affronter la complexité et de manier la nuance.

Il a souligné qu’il n’existe pas de grille politique toute faite et évoqué deux interrogations majeures:

1. Les grilles classiques gauche/droite, relativement jeunes sur le plan historique (depuis la révolution française), sont-elles toujours opérationnelles? Ne deviennent-elles pas obsolètes à certains égards?
2. Avec cette typologie basée essentiellement sur ces deux seules représentations, ne risque-t-on pas de favoriser une vision polarisée, polarisante, clivante?

Lors de prochains événements, la «vision centriste» dans la définition du consensus et la mise en œuvre des principales politiques publiques (santé, sécurité sociale, énergie, transport, environnement, sécurité, etc.) pourra être déclinée et approfondie, je m’en réjouis!

Quelle joie de constater les avancées de la dynamique enclenchée par l’Université de Lausanne, Unisanté et ses équivalents au Québec, l’Université Laval et VITAM!

Voici en effet consolidée la suite de cette collaboration initiée il y a deux ans par Lausanne, Unisanté, Nantes Métropole et l’Université Laval. À l’occasion de la conférence de l’Association internationale des maires francophones (AIMF), à Namur, la Ville de Québec a lancé, en présence de ses partenaires, la feuille de route en santé urbaine durable.
Lire le communiqué.

À Lausanne, Nantes comme à Québec, les réflexions s’inspirent du principe Health in all policies, la santé dans toutes les politiques publiques et s’ancrent sur la science et les faits.

Cette feuille de route illustre l’intérêt de s’appuyer sur l’expertise scientifique et de collaborer avec d’autres villes engagées sur les questions de santé urbaine pour mieux les comprendre et développer des solutions adaptées aux réalités de nos communautés.

Retrouvez la feuille de route développée par le professeur Stéphane Roche.

De ce rapport, je cite: À Lausanne, l’une des réalisations majeures issues de la collaboration Unisanté/Ville de Lausanne «est certainement le projet Métasanté. Le rôle favorable que l’environnement construit peut jouer dans la promotion de l’activité physique a été bien démontré sur le plan scientifique. Le projet Métasanté s’inscrit dans le cadre du programme de construction et de réaménagement du tissu urbain Métamorphose lancé par la Ville de Lausanne en 2007 sur le site des Plaines-du-Loup (PdL).»

La commune de Crissier a le plus fort taux de croissance de Suisse. Hier soir, dans l’émission «Accents d’Europe» de RFI – Radio France Internationale, son Syndic, Laurent Bovay, soulevait l’opportunité de réfléchir à la ville différemment en termes d’infrastructures et d’intégration notamment. Il a été clair: «fixer des quotas, vouloir empêcher les gens de venir travailler, c’est non».

Du point de vue des soignants, dans cette même émission, j’ai poursuivi dans son sens. La Suisse est dépendante des travailleuses et travailleurs étrangers de deux manières :

Accepter cette initiative, c’est notamment une probabilité de diminution de la qualité des soins et une prolongation du temps d’attente pour aller dans des établissements médicaux-sociaux pour les personnes âgées.

C’est très inquiétant.

Le lien de l’émission de RFI – Radio France Internationale.

Comme plus d’une centaine de médecins et de professionnels de la santé, j’ai signé la lettre proposée par la Conseillère nationale Dr Brigitte Crottaz.

Cette initiative ne résoudra ni la crise du logement, ni celle des transports, ni celle du pouvoir d’achat. En revanche, elle ne peut qu’aggraver la pénurie de personnel de santé et fragiliser encore davantage notre système de soins. Et ce sont les patientes et les patients qui en paieront le prix.

Notre opinion à lire dans Le Temps.

La cohorte Constances, un grand potentiel de nouvelles connaissances scientifiques avec des implications dans la prise en charge médicale et la vie quotidienne!

Le 27 mai 2026, j’ai eu le privilège d’intégrer le Conseil scientifique international de CONSTANCES, à Paris, représentant des Universités d’Harvard, McGill, Montréal, Berne et …Lausanne!

Cette journée fut l’occasion de rappeler pourquoi les études de cohorte sont au cœur de la compréhension en santé publique. Depuis la fameuse cohorte Framingham, du nom de cette petite ville au nord de Boston, depuis la célèbre cohorte d’infirmières nord-américaines (Nurses’ Health Study) à laquelle j’ai pu participer lors de mon postdoc aux USA, ces dispositifs ont révélé l’impact profond des comportements et des facteurs de risque sur notre santé.

Et depuis, le monde a changé.

De nouveaux risques émergent dont l’impact sur la santé et les maladies chroniques nécessite d’être mieux évalué.

Nous n’avons pas toutes les réponses et c’est précisément là tout le sens de CONSTANCES:

Cette étude est cruciale pour évaluer les nouveaux facteurs de risques de maladie liées à l’environnement et aux nouveaux modes de vie en lien, par exemple l’alimentation industrielle et l’urbanisation croissante.

Le rendement scientifique de cette jeune cohorte commence maintenant à pouvoir être apprécié. On note en effet depuis quelques années des publications internationales dans des revues scientifiques, comme par exemple dans la revue Circulation sur l’importance de ne pas trop abaisser les critères de normalité de la pression artérielle normale. (voir les sources en premier commentaire)

Je me réjouis de mettre mon expérience au service de cette cohorte exceptionnelle.

Un immense merci à toutes et tous pour la qualité des échanges.

La statistique médicale 2025 de la FMH Fédération des médecins suisses vient de le confirmer: la relève médicale est insuffisante!

Pour son DOC#18, la Société vaudoise de médecine (SVM) a donné la parole à celles et ceux qui agissent: chercheuses et chercheurs, clinicien·nes, étudiant·es, juristes, professionnel·les de l’interprofessionnalité pour mieux comprendre et dépasser l’urgence.

Accès à la formation, appel à l’action, enjeux de la pénurie médicale, défi du cursus lausannois, le bon exemple de Champagne (VD) pour attirer les médecins ou encore l’interprofessionalité, autant de sujets d’intérêt dans ce dossier.

Avec le Dr Alexandre Gouveia, nous évoquons la démographie médicale en Suisse et dans le Canton de Vaud et vous remettons dans cet article quatre pistes concrètes pour répondre aux défis de la relève, en résumé:

1. Modifier le cursus universitaire pour qu’une plus grande proportion d’étudiant·es envisage la pratique de la médecine générale.
2. Rendre la formation postgraduée plus adaptée aux enjeux sociétaux, avec le recours facilité au temps partiel et à des pauses pour des projets personnels.
3. Faire particulièrement attention aux conditions cadres d’exercice de la médecine générale, en particulier la rémunération.
4. Offrir une aide plus marquée des collectivités publiques pour la création de centres ou maisons de santé pour proposer une approche globale et intégrée des soins.

Et entre nous soit dit, rien ne sert d’augmenter le nombre d’étudiant·es en médecine. De fait, il n’y a pas assez de places de formation en clinique. Notre ligne directrice doit changer de curseur et surtout faire en sorte qu’il y ait moins de malades.

Je vous invite chaleureusement à lire et disséminer l’ensemble du dossier à vos réseaux.

Forces médicales en Suisse et dans le canton de Vaud: faits et perspectives.