Edgar Morin pointait le fossé grandissant entre la complexité du monde et nos façons de le penser, de le comprendre et d’y agir, que ce soit dans nos apprentissages ou nos modèles économiques. Face à cela, il appelait à une transformation profonde de notre rapport au réel: tisser des liens là où ils sont fragmentés, renouveler nos façons d’apprendre, accepter l’incertitude dans nos décisions et cultiver une forme de résistance.
«L’importance de penser la complexité», c’est le fil qui a conduit le premier colloque du Groupe de réflexion et d’études centristes (GREC) le 6 juin dernier avec la question: politiques publiques, quelle grille d’analyse pour le centre de l’échiquier politique?
De nombreux pays occidentaux connaissent une polarisation croissante de la vie politique. De part sa culture de la recherche du consensus, sa faible personnalisation du pouvoir et ses structures exécutives en Conseil (en particulier au niveau cantonal et fédéral), la Suisse est encore en marge de cette polarisation. Des signaux, encore faibles, suggèrent qu’elle pourrait ne pas échapper à ce phénomène.
Une des réponses à cette polarisation croissante est de proposer une voie médiane, au centre de l’échiquier politique. Se positionner entre les partis de droite et de gauche nécessite cependant une clarification politique: que signifie actuellement «se positionner au centre» de cet échiquier?
C’est dans ce contexte qu’un groupe de réflexion a été créé pour lancer et animer une dynamique qui, in fine, pourrait donner les bases de ce positionnement central. Ce développement ne vise pas à questionner les valeurs du Centre, à savoir la liberté, la responsabilité et la solidarité; mais, à partir de celles-ci, comment les décliner dans le champ de l’action politique?
Ce colloque a réunit des intervenant-es qui ne sont pas forcément centristes, voire qui s’affichent comme défenseur·euse·s d’autres courants politiques, ceci précisément pour susciter un regard extérieur sur le centre.
Le colloque a soulevé notamment la rareté des grands projets sociétaux, la montée des clivages et les impératifs de durabilité. Il a rappelé le courage de la modération, d’affronter la complexité et de manier la nuance.
Il a souligné qu’il n’existe pas de grille politique toute faite et évoqué deux interrogations majeures:
1. Les grilles classiques gauche/droite, relativement jeunes sur le plan historique (depuis la révolution française), sont-elles toujours opérationnelles? Ne deviennent-elles pas obsolètes à certains égards?
2. Avec cette typologie basée essentiellement sur ces deux seules représentations, ne risque-t-on pas de favoriser une vision polarisée, polarisante, clivante?
Lors de prochains événements, la «vision centriste» dans la définition du consensus et la mise en œuvre des principales politiques publiques (santé, sécurité sociale, énergie, transport, environnement, sécurité, etc.) pourra être déclinée et approfondie, je m’en réjouis!